"L'entreprise globale"

Publié le par La vérité est ailleurs...

Nous sommes dans une période de l’histoire des sociétés occidentales où l’entreprise occupe une place prépondérante comme ciment entre les différents groupes socio-culturels (cela a d’ailleurs été encore renforcé en France, avec le rôle des « pôles de compétitivité »). Mais désormais,  les théories purement économiques montrent leurs limites à rendre compte du poids global de l’entreprise dans la société. La mondialisation des échanges et des productions a, d’une certaine façon, joué le rôle d’un électrochoc. Toutefois, cette prise de conscience du fait que l’entreprise est autre chose que la « bottom line » des anglo-saxons, autre chose qu’une unité de production, autre chose qu’un bilan ou encore un titre coté en bourse, tarde à se faire.

 

Pour redonner une place plus naturelle à l’entreprise dans nos nouvelles sociétés occidentales, nous pensons qu’il convient de voir l’entreprise à travers une nouvelle définition qui puisse intégrer tous ses aspects majeurs : c’est à partir de cette nouvelle vision de l’entreprise que nous évoquerons « l’entreprise globale ».

 

L’ « entreprise globale », c’est l’entreprise considérée au niveau d’une nation dans tous ses aspects : humains, certes, mais aussi patriotiques (même si le mot a pris l’habitude de faire sourire en France), culturels, sociologiques, historiques, fiscaux, économiques et financiers.

 

Une entreprise dans une région assez isolée, comme la Creuse, par exemple, c’est non seulement du travail pour un certain nombre de salariés directement occupés dans cette entreprise, mais c’est aussi :

 

-         l’existence d’un bureau de poste, d’une maternité, d’une ou plusieurs écoles ;

-         la clientèle des commerçants qui sont dans la région ;

-         des rentrées conséquentes pour la fiscalité (impôts directs ou indirects) ;

-         l’assurance pour de petits propriétaires de percevoir des loyers ;

-         c’est aussi un moyen de véhiculer de la culture ;

-         et de conserver, à la France, des moyens de vivre en harmonie.

 

L’entreprise globale représente, toutefois aujourd’hui, pour le chef d’entreprise, pour l’entrepreneur, un véritable défi, voire un cauchemar. La mondialisation a bousculé les règles du jeu économique. Outre les « bas salaires » des pays en « voie de développement », outre les dangers des fusions-acquisitions plus ou moins sauvages, l’entrepreneur prend de sérieux risques en voulant nier ces nouvelles règles. En refusant de les suivre, il se prive d’abord d’une rentabilité plus élevée, il se prive bien souvent d’une trésorerie plus confortable et se trouve en position délicate pour négocier avec des banques qui ne lui sont absolument pas reconnaissantes de l’engagement qu’il poursuit en restant fidèle à son pays et à sa région.

 

L’entrepreneur qui reste donc en France dans ce contexte remplit une fonction qui dépasse ce que l’on est en droit d’attendre de lui dans le contexte des théories classiques ou néo-libérales. Il prend à son compte, sur ses épaules, une partie terrible du poids de son pays. Il se défausse alors d’une conduite d’entrepreneur « rationnel ».

 

La vie de l’entrepreneur, dans la vision Schumpeter, est la prise de risque. Mais en prenant un risque social, ne va-t-il pas trop loin ?

 

La réponse est sur le bout des lèvres pour la plupart des entrepreneurs : il est évident qu’il y a là un engagement dangereux pour un simple chef d’entreprise.

 

Et, il est vrai, qu’à ce jour, celui qui a, implicitement ou explicitement, décidé de vivre l’expérience de « l’entreprise globale » ne peut pas attendre la reconnaissance, que la Patrie accorde, dit-on, à  « ses grands hommes ».

 

S’il ne s’agit pas de sauver les « canards boiteux » - dont parla, à une certaine époque, un Ministre des Finances peu enclin à comprendre l’ampleur d’un phénomène social qui venait d’exploser sous ses yeux et qui allait conduire la France, à vivre durablement, le chômage – il s’agit de prendre conscience de la place qui doit revenir à ceux qui relèvent ce « défi français ».

 

Au moment où l’on évoque la liberté des échanges, mais un droit au logement et aussi au travail, ne faut-il pas réfléchir à la mise en place de formules d’aide à l’entreprise qui reste en France et qui accomplit, parfois (pas toujours), plus que son propre métier.

 

Une aide fiscale, bien sûr, une aide sur les charges sociales aussi, mais on peut évoquer un soutien devant le monde bancaire et pourquoi pas en faveur des investisseurs qui apportent leurs capitaux à ces entreprises ?

 

 

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Publié dans Economie

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