Pôle de compétitivité

Publié le par La vérité est ailleurs...

La France est aujourd’hui confrontée à un bouleversement économique majeur avec la mondialisation. Elle se voit contrainte d’oublier des métiers qui furent des points forts de son économie comme le tissu, la chaussure voire, dans une certaine mesure, l’automobile.

Mais, dans le même temps, elle a découvert la puissance de sa recherche et des entreprises qui se sont engagées dans cette voie depuis plusieurs décennies.

Tout cela manquait toutefois de coordination.

C’est cette coordination que les pôles de compétitivité ont su apporter en renouant avec une tradition d’économie libérale « planifiée » perdue de vue depuis plus de 25 ans.

L’idée novatrice, le point fort de cette nouvelle démarche, n’a pas été de se lancer dans de complexes raisonnements sur l’avenir de l’économie française, mais de mettre autour d’une table tous ceux qui pouvaient jouer un rôle majeur afin d’orienter celle-ci vers de nouveaux horizons.

Chacun a découvert alors les potentialités de l’autre et de ces dialogues sont nés une nouvelle organisation pragmatique de la R&D française. C’est la réussite majeure d’un engagement qui a permis de coordonner des aspirations bien au-delà du système classique de la planification  « incitative » qui fut pourtant un des moteurs de la croissance des « 30 glorieuses ». La nouvelle concertation entre les entreprises, les universités et les divers centres de recherche publics, a montré que les Français étaient, désormais, suffisamment mûrs pour se « planifier » eux-mêmes dans les grands projets économiques qui marqueront le XXIe siècle.

L’autre facteur fondamental de l’innovation provenant de cette démarche est de remarquer, contrairement à l’option privilégiée par Christian Blanc au début de ses travaux, que le marché local n’était pas le véritable marché des pôles de compétitivité, car la recherche à un haut niveau ouvre les portes du monde. C’est la raison pour laquelle la naissance de pôles mondiaux ou à vocation mondiale a été un élément déterminant du processus mis en œuvre.

L’essence de la notion de pôle de compétitivité est d’abord le dialogue entre tous les acteurs économiques pour faire émerger des projets concrets.

Les pôles, envisagés comme une arme contre les dangers de la mondialisation, peuvent être une réponse « organisée » à toute une série de questions brûlantes :


« L’entreprise globale »

Nous sommes dans une période de l’histoire des sociétés occidentales où l’entreprise occupe une place prépondérante comme ciment entre les différents groupes socioculturels. Mais désormais,  les théories purement économiques montrent leurs limites à rendre compte du poids global de l’entreprise dans la société. La mondialisation des échanges et des productions a, d’une certaine façon, joué le rôle d’un électrochoc. Toutefois, cette prise de conscience du fait que l’entreprise est autre chose que la « bottom line » des anglo-saxons, autre chose qu’une unité de production, autre chose qu’un bilan ou encore un titre coté en bourse, tarde à se faire.

Pour redonner une place plus naturelle à l’entreprise dans nos nouvelles sociétés occidentales, nous pensons qu’il convient de voir l’entreprise à travers une nouvelle définition qui puisse intégrer tous ses aspects majeurs : c’est à partir de cette nouvelle vision de l’entreprise que nous évoquerons « l’entreprise globale ».

L’ « entreprise globale », c’est l’entreprise considérée au niveau d’une nation dans tous ses aspects : humains, certes, mais aussi patriotiques (même si le mot a pris l’habitude de faire sourire en France), culturels, sociologiques, historiques, fiscaux, économiques et financiers.

Une entreprise, c’est non seulement du travail pour un certain nombre de salariés directement occupés dans cette entreprise, mais c’est aussi :

-    l’existence d’un bureau de poste, d’une maternité, d’une ou plusieurs écoles ;
-    la clientèle des commerçants qui sont dans la région ;
-    des rentrées conséquentes pour la fiscalité (impôts directs ou indirects) ;
-    l’assurance pour de petits propriétaires de percevoir des loyers ;
-    c’est aussi un moyen de véhiculer de la culture ;

L’entreprise globale représente, toutefois aujourd’hui, pour le chef d’entreprise, pour l’entrepreneur, un véritable défi, voire un cauchemar. La mondialisation a bousculé les règles du jeu économique. Outre les « bas salaires » des pays émergents, outre les dangers des fusions-acquisitions plus ou moins sauvages, l’entrepreneur prend de sérieux risques en voulant nier ces nouvelles règles. En refusant de les suivre, il se prive d’abord d’une rentabilité plus élevée, il se prive bien souvent d’une trésorerie plus confortable et se trouve en position délicate pour négocier avec des banques qui ne lui sont absolument pas reconnaissantes de l’engagement qu’il poursuit en restant fidèle à son pays, sa région, son département, voire sa commune.

L’entrepreneur qui reste donc en France dans ce contexte remplit une fonction qui dépasse ce que l’on est en droit d’attendre de lui dans le contexte des théories classiques ou néo-libérales. Il prend à son compte, sur ses épaules, une partie terrible du poids de son pays. Il se défausse alors d’une conduite d’entrepreneur « rationnel ».

La caractéristique de l’entrepreneur, dans la vision Schumpeter, est la prise de risque. Mais en prenant un risque social, ne va-t-il pas trop loin ?

La réponse est sur le bout des lèvres pour la plupart des entrepreneurs : il est évident qu’il y a là un engagement dangereux pour un chef d’entreprise qui resterait isolé.

Et, il est vrai, qu’à ce jour, celui qui a, implicitement ou explicitement, décidé de vivre l’expérience de « l’entreprise globale » ne peut pas attendre la reconnaissance, que la Patrie accorde, dit-on, à  « ses grands hommes ».

S’il ne s’agit pas de sauver les « canards boiteux » - dont parla, à une certaine époque, un Ministre des Finances peu enclin à comprendre l’ampleur d’un phénomène social qui venait d’exploser sous ses yeux et qui allait conduire la France à vivre durablement le chômage – il s’agit de prendre conscience de la place qui doit revenir à ceux qui relèvent ce « défi français ».

Au moment où l’on évoque la liberté des échanges, mais aussi un droit au logement et au travail, ne faut-il pas réfléchir à la mise en place de formules d’aides à l’entreprise qui reste en France et qui accomplit, parfois plus que son propre métier.

Une aide fiscale, bien sûr, une aide sur les charges sociales aussi, mais on peut évoquer un soutien devant le monde bancaire et pourquoi pas en faveur des investisseurs qui apportent leurs capitaux à ces entreprises ?

Recherche et Enseignement supérieur

La recherche et l’enseignement, étroitement associés aux pôles, apporteront leur contribution naturelle à la croissance en favorisant la démarche qui aboutit à des réalisations concrètes dans un contexte qui permet une véritable émulation. Mais, dans le même temps, les projets concrets des pôles peuvent indiquer les voies des futurs développements de telle ou telle filière.
Avec un peu de regret, on a pu constater que lors de la mise en place des pôles, on oublia d’associer les grandes écoles de commerce ou d’économie. On sait, combien les entrepreneurs français sont admiratifs de l’ingénieur et circonspects, en revanche, des métiers du marketing. Or, de bons produits ne se vendent pas tout seuls. Il est indispensable dans les prochaines étapes des pôles de prendre en compte cette question et d’introduire la composante commerciale et marketing, voire juridique (car la défense des brevets et des contrats passe par des experts qui ont autant de valeur sociale que les ingénieurs).

Education

Si les Français pouvaient envisager trouver et conserver un emploi il y a trente ans sans le moindre bagage technologique, cela n’est plus possible aujourd’hui. Les pôles, en précisant les grands projets d’avenir, peuvent ainsi devenir un indicateur précieux sur les formations à compléter ou les enseignements à dispenser tant dans le secondaire que dans le supérieur.
Les projets des pôles pourront montrer à moyen terme le chemin qu’il convient d’emprunter pour « orienter » la grande machine de l’Education Nationale qui depuis Jules Ferry poursuit des objectifs qui ne sont plus ceux d’une société moderne.

Finances

Les pôles réclament une ingénierie financière créative, capable d’attirer des financements du monde entier, comme ce fut le cas récemment au Royaume-Uni ou en Allemagne. Il faut savoir attirer des capitaux étrangers avec les mêmes méthodes que les autres, et pour cela le système bancaire français réclame de profondes réformes.

Emploi

L’emploi et le chômage ne sont pas des « fatalités ». Leur inadéquation représente une erreur sur le chemin de la croissance. Les pôles peuvent aider à identifier ces erreurs et à les corriger. Il n’est pas concevable d’attribuer des centaines, voire des milliers de diplômes qui n’ouvrent pas sur une position sociale idoine. Cela coûte des investissements énormes à la collectivité, pour conduire à la catastrophe et au désenchantement. Or, si l’on peut prévoir assez longtemps en avance, les réels besoins des nouvelles technologies, il sera possible d’en tenir compte dans la création des programmes universitaires et le choix des orientations de la recherche publique.

Logement

Les pôles sont censés en créant des emplois nouveaux, créer des besoins de logement en fonction des revenus distribués. Dans ce contexte, la COFHUAT notamment peut être appelé à jouer un rôle moteur de conseil, mais aussi d’assistance, en ouvrant vers des perspectives que les gouvernances des pôles maîtrisent mal.

Culture

La culture est apparue tout naturellement dans le montage des pôles, même si ce ne fut parfois qu’en filigrane. Et pourtant, les immenses richesses (que l’on pourrait aujourd’hui comparer à des « matières premières spirituelles» de la plus haute valeur commerciale) patrimoniales d’un pays comme la France qui a « archivé » des millénaires d’Histoire, représentent désormais, dans le contexte des nouveaux moyens de communications, une source de croissance que nous envient bon nombre d’autres nations.

Environnement

Il va de soi que les pôles sont appelés à jouer un rôle déterminant dans la question de l’environnement et du développement durable.



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Publié dans Economie

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