Les bourses sont reparties à la hausse dans des proportions aussi folles qu’à la baisse il y a quelques jours. Ces excès démontrent que la crise est loin d’être surmontée. En fait, on assiste là,
encore une fois, aux mêmes jeux des spéculateurs qui se font forts d’engloutir les 1700 milliards que les Etats Européens réinjectent dans l’économie et les 1000 milliards de dollars des autorités
américaines. En fait, les banques et les grands organismes financiers utilisent la manne qui vient de tomber dans leur escarcelle pour reconstruire leurs anciens actifs en rachetant avec l’argent
des contribuables ce qui était tomber à vil prix. A n’en pas douter, on a là un moment d’euphorie, un peu comme celui qui est resté pendant des mois au chômage et qui retrouve enfin un emploi bien
payé.
Le problème est toutefois plus profond que ce jeu sur quelques cours. La crise a eu et continuera à avoir une répercussion forte sur l’économie de production, car c’est celle-ci qui est la grande
victime.
Il suffit de faire le raisonnement suivant pour le comprendre facilement.
a) La valeur des actifs financiers
Dans le bilan des entreprises, une partie plus ou moins importante, est représentée par des actifs financiers qui servent souvent de garantie aux banquiers pour escompter le papier commercial de
l’entreprise.
Dans un grand nombre de cas, surtout chez les PME-PMI, ces actifs financiers ont connu une forte dépréciation. Les banques sont donc plus frileuses à soutenir l’effort de l’entreprise. Dans les
moments qui viennent, si rien ne vient endiguer cette attitude des banques, il est à craindre une tension extrême sur les trésoreries et à moyen terme des faillites en chaîne.
b) Les changements à la tête des entreprises
Bon nombre d’entreprises ont vu leur valeur capitalisée s’effondrait. Cela bien sûr peut attirer les convoitises et reprendre des actifs « réels » à bon prix peut devenir une nouvelle tentation. On
va assister dans les temps qui viennent à des changements au niveau du contrôle non seulement de certains grands groupes, mais aussi de PME-PMI importantes.
Ces changements ne se feront certainement pas dans la douceur. Il faut s’attendre à des démantèlement, voire des dépeçages d’entreprise de production par des financiers avides de réaliser leurs
gains.
C’est d’ailleurs certainement en pensant à ce raisonnement que le Chef de l’Etat est intervenu ce mardi pour bien préciser que le plan de sauvetage des banques devait s’accompagner de mesures de
protection pour les PME-PMI qui sont, pour une grande partie, devenues très vulnérables.
Il n’en demeure pas moins que l’on ne pourra pas au niveau occidental se dispenser dans les à un moment ou à un autre d’une réforme profonde du système comptable, qui a contribué à l’amplification
de la crise et surtout à une remise à niveau des rapports entre l’économie et l’Etat. Si le but n’est pas une planification « soviétisante », il n’en demeure pas moins que l’on doit retrouver les
grandes orientations de la planification « gaulliste » qui avait été capable de redonner à la France, en moins de dix ans, une position parmi les grands leaders économiques mondiaux. L’analyse «
coût-avantage » qui a presque disparu ou encore « l’intelligence des choix économiques » sont des outils dont on ne peut se passer comme on vient de le voir.
Voilà plusieurs années que le système financier international inquiéte toute une génération d'experts et d'économistes, tenue bien à l'écart des "élites". Mais choses curieuses, les experts et les
économistes, qui font partie des élites, quant à eux n'ont rien vu. Ils ont toujours déclaré que ce système était un des meilleurs du monde et devant les outrances de maintes spéculateurs, ils
n'avaient d'autres commentaires que le mot "libéralisme". Aujourd'hui, ce sont ces mêmes "élites" qui sont chargées de découvrir les remèdes à la crise...Rien ne change ? Les évenements qui se
produisent sous nos yeux sont d'une gravité sans précédent, il est nécessaire de mettre en place des solutions totalement nouvelles...mais, les "élites" ne peuvent accepter l'expertise de ceux qui
ne sont pas membres des "élites". Avec cette optique, on peut être sûr que J-M Keynes n'aurait jamais eu le droit, ni la possibilité d'exprimer ses vues et de proposer des moyens d'en sortir. Il
est vrai que l'on n'est plus dans les années 30, qu'à cette époque là,le bloc "indo-asiatique" n'existait pas comme une puissance de production capable de prendre le relais des économies
occidentales en cas de défaillance.
Les experts estiment à 12000 milliards de dollars les actifs des fonds souverains en 2015. les fonds souverains ne sont guère connus du grands publics. Leur définition « officielle »
n'a rien de très parlant :
"des fonds publics sous tutelle de l’Etat et dont les réserves de long terme
sont gérées distinctement des réserves de change des autorités monétaires et
des entreprises publiques "
pour reprendre la définition adoptée par le rapport de M. Jean ARTHUIS, en tant que président de la commission du finance, sur ce sujet.
Ce qui signifie encore en d'autres termes, plus facilement accessibles au grand public : les fonds souverains sont des organisations financières qui disposent de la puissance publique, sans en
avoir les contraintes classiques.
C'est ainsi que l'on ne connait pratiquement pas le détail des actifs de la plupart de ces fonds, ni bien sûr les stratégies adoptées et encore moins leur implementation. L'opacité est de règle
et elle protégée par la nature "régalienne" de l'organisation en question.
Les principaux fonds souverains sont les suivants :
Principaux fonds souverains et estimation de l'encours
Date de création
Pays
Nom
Encours estimé en milliards $
Source de revenus
Principaux fonds anciens
1953
Koweït
Kuwait Investment Authority (KIA)
213
Pétrole
1974
Singapour
Temasek Holdings
110
Commerce
1976
Etats-Unis
Alaska Permanent Fund
39
Pétrole
1976
Canada
AlbertaHeritage Savings Trust Fund
17
Pétrole
1976
E.A.U.
Abu DhabiInvestment Authority (ADIA)
875
Pétrole
1981
Singapour
Government of Singapore Investment Corporation (GIC)
300
Excédents budgétaires
N.S.
Arabie Saoudite
Diverses holdings publiques
(? fonds souverains stricto censu)
290
Pétrole
1983
Brunei
Brunei Investment Agency
35
Pétrole
1990
Norvège
Government Pension Fund - Global (GPFG)
322
Pétrole
1997
Chine
State Administration of Foreign Exchange (SAFE) Investment Company
311
Réserves de change
1993
Malaisie
Khazanah Nasional BHD
18
Pétrole
Fonds créés depuis 2000
2000
Qatar
Qatar Investment Authority (QIA)
50
Pétrole
2000
Iran
Oil Stabilization Fund
12
Pétrole
2000
Kazakhstan
Kazakhstan National Fund (KNF)
18
Pétrole, gaz
2000
Algérie
Fonds de régulation des recettes
43
Pétrole
2001
France
Fonds de réserve des retraites
35
Prélèvements sociaux
2001
Irlande
National Pensions Reserve Fund
29
Commerce
2001
Taïwan
Taïwan National Stabilisation Fund (TNSF)
15
Devises
2002
E.A.U.
Mubadala Development Company
10
Pétrole
2003
Russie
Stabilisation Fund (SFRF)
157
Pétrole
2004
Australie
AustraliaGovernment Future Fund (AGFF)
54
N.D.
2005
Venezuela
National Development Fund
15
Pétrole
2005
Corée du Sud
Korea Investment Corporation (KIC)
30
Commerce
2006
Dubaï
Investment Corporation of Dubaï (ICD)
82
Pétrole
2007
Chili
Economic and Social Stabilisation Fund
10
Cuivre
2007
Lybie
Oil Reserve Fund
40
Pétrole
2007
Chine
China Investment Company (CIC)
200
Devises
Sources : site Internet swfinstitute.org, FMI, McKinsey
On peut se poser la question de savoir, en quoi ces grandes et mystérieuses organisations financières « internationales » peuvent avoir un impact sur la structure du capitalisme
financier occidental. On se permettra de citer à nouveau le rapport sénatorial :
« En 2007, les fonds souverains ont investi 67 milliards de dollars dans des sociétés occidentales, soit plus du tiers de l'activité mondiale de fusions-acquisitions. A
compter de mai 2007 et durant la crise dessubprimes, ils ont acquis pour environ 65 milliards de dollars de participations dans
des banques et institutions financières occidentales, essentiellement entre novembre 2007 et janvier 2008, dont près de la moitié par les deux fonds de Singapour GIC et
Temasek. »
Principales prises de participation de fonds souverains dans des entreprises occidentales depuis mai 2007
On remarque sans un être un grand analyste financier (ou un trader ou un golden boy !) que toutes les entreprises, dans lesquelles sont intervenues les fonds souverains, ont connu peu ou
prou des soubresauts financiers conséquents.
L’exemple de Merril Lynch est d’autant plus intéressant (et inquiétant). Un de ses responsables était venus au Sénat (lors d’une table ronde organisée le 15 mai 2008) expliquer combien
l’intervention de certains fonds souverains dans les opérations de Merril Lynch avait été bénéfique. Ce même responsable n’écartait toutefois pas totalement quelques risques…
On connaît la suite des événements.
Chaque période a eu ses « spéculateurs », ses « gnomes de Zurich » et à chaque fois, les gouvernements en place, les épargnants et les entreprises ont eu à en subir les
conséquences.
Il est donc très urgent de penser à une moralisation des pratiques financières, mais il est tout aussi urgent de se rendre compte de la difficulté qui existe désormais d’endiguer les flots de
milliards de dollars « ultra volatiles » qui apparaissent avec pour seul objectif de faire une bonne opération à court terme en jouant le plus souvent sur les faiblesses du système,
mais aussi sur leur totale « invisibilité ».
On se souvient, que plus encore qu’en Europe, les organismes financiers américains sont tenus, de par le « Disclosure Act » de préciser l’origine des fonds qu’ils peuvent recevoir...
Dans le cas présent, l’opacité du fonds avec « droits régaliens » protége totalement le véritable « spéculateur » qui n’a de compte à rendre à personne.
L’activité des fonds souverains s’est toujours montrée fébrile en ce qui concerne les fusions acquisitions. Il faut d’ailleurs constater que l’extrême laxisme des règles comptables a permis d’en
bien des cas d’obtenir des résultats magnifiques avec des investissements relativement faibles (untangibles assets et notamment les « écarts d’acquisition »).
On se retrouvait avec des bilans qui affichaient une augmentation d’actifs de 100 pour une entreprise achetée 10. Les « 90 » qui auraient été « perdus », se retrouvaient alors
en « écart d’acquisition » et en un « plus » au niveau des actifs.
A coté de ce premier « bénéfice », il y avait aussi, bien entendu, les gains sur le « dépeçage » de l’entreprise acquise : licenciements plus ou moins « secs »,
revente de matières premières, voire de biens de production !
On arrivait à dégager des sommes impressionnantes et la fusion-acquisition était devenu un département bien à part dans la plupart des banques et des cabinets de consultants…
Mais, il évident que ce petit jeu ne pouvait avoir que des limites. Retenons toutefois qu’il s’agit ici de la « liquidation » des biens de
« l’économie réelle » !
La crise financière contrairement à ce que beaucoup pourraient penser n’est pas une surprise pour la plupart des analystes et des économistes. Dès 1995, une réunion des principaux « chartered
surveyors » américains et un livre français (Le Guide des Grandes Entreprises aux éditions du Seuil) posaient la question des normes comptables américaines et des problèmes soulevés par les «
untangibles assets ». Car, il faut bien se rendre compte que la crise actuelle est en gestation depuis plus de 10 ans.
Les untangibles assets représentent dans le bilan d’une entreprise, tous ses actifs « immatériels ». Si on peut considérer comme normal d’y voir figurer les brevets et certaines marques, des
pratiques plus douteuses ont conduit peu à peu à une véritable fuite en avant avec notamment les fameux « écarts d’acquisition ». Les bilans de certaines entreprises (notamment parmi les plus
performantes au petit jeu des « fusions-acquisitions ») représentaient même 90% d’actifs immatériels ! Ce qui signifie en d’autres termes que ces entreprises étaient « surévaluées », car en cas de
réelles difficultés, leurs actifs étaient irréalisables.
Dans les moments difficiles (et il ne s’agit pas ici que de la crise des subprimes, mais par exemple un fort ralentissement de la croissance dû à un effort de guerre inconsidéré), les banques
devront engager des procédures pour retrouver une partie des fonds prêtés. C’est alors que la faiblesse des actifs immatériels réalisables fait qu’elles ne peuvent rentrer dans leur fonds et que
leurs créances se démontrent n’être que de la « monkey money ».
L’affaire ENRON avait été un signe, par l’importance de la société touchée. La guerre d’Irak n’a pas permis, à raison de 12 milliards de dollars par mois, de faire les économies qui seraient
pourtant aujourd’hui les bienvenues.
A ce phénomène, on peut ajouter le rôle dangereux que joue depuis son instauration l’Euro. Cela est déjà évident au niveau des contrôles bancaires (car aujourd’hui la régulation par le biais de
l’open market policy notamment n’est guère facile à mettre en œuvre). Mais c’est surtout l’Euro qui sera un des principaux facteurs de la hausse des prix en Europe et donc de la baisse du pouvoir
d’achat des européens n’est plus à démontrer. On sait que ce sujet ne passionne pas les « économistes officiels ». Mais le pouvoir d’achat est pourtant (revoir les propos d’Henry Ford…que l’on ne
peut soupçonner de « gauchisme ») la base du système capitaliste. Or, l’Europe est le second marché des biens de consommations après les USA. Beaucoup d’entreprises américaines ont également misé
sur ce marché qui dégagent des marges sans commune mesure par rapport aux marchés chinois, indiens ou russes. Las ! A force d’économies, le consommateur européen moyen a changé sa façon de
consommer. Le chiffre d’une hausse de 37% des faillites en France dans le secteur des restaurants et bars démontrent bien que face à des prix de plus en plus excessifs, le consommateur a
trouvé la parade : l’abstinence.
Pour en revenir à la crise financière, on peut avancer que pendant un certain temps, les groupes américains ont pensé que le marché européen apporterait le « coup de pouce » qui permettrait de
compenser les aléas des marchés américains pris dans les risques des aventures militaires US sur tous les fronts.
C’était une erreur.
La Finance ne repose que sur la confiance que l’on doit avoir en ceux qui « gèrent » l’argent, mais elle n’est en aucun cas une source de richesses en elle-même. La vraie richesse vient de la
production et des produits vendus. Or, plus on construit de l’insécurité (médiatisation à outrance du terrorisme, guerres tout azimut, menaces contre la Russie, un des pays les plus puissants du
monde au niveau nucléaire), plus on fait peur au consommateur, plus on affaiblit sa volonté de dépenser et plus on réduit la croissance mondiale.
Certes, on a voulu voir dans la croissance chinoise à deux chiffres, un moteur de la croissance économique mondiale, mais c’était là un mirage. C’est un moteur…pour la Chine.
Le propre d’un système financier sans moral se retrouve très bien expliqué par le personnage du voleur dans certaines théories psychologiques modernes. Il ira jusqu’au bout de « sa chance » et il
finira par se faire prendre. Les financiers, que décrivait dans un de ses derniers livres, G.K. Galbraith (prix Nobel d’économie) et que l’on retrouve aujourd’hui aux premiers de la catastrophe,
ont misé ainsi : « ça passe, donc je continue ! »
Mais il arrive toujours un moment où les plus belles combinaisons financières, lorsqu’elles ne reposent sur rien de concret, se terminent par une catastrophe. C’est le vieux principe de la vente à
la boule de neige…qui est d’ailleurs interdite en France.
Pour sortir de cette passe, il est évident qu’il faut un retour à la morale…mais Galbraith était sceptique sur ce sujet. En revanche, un véritable changement dans les structures du financement du
système productif est la condition sine qua non pour sortir d’une telle impasse.
La prochaine réunion du G8 devra dès lors aboutir à des directives concrètes qui devront être suivies dans les meilleurs délais par les pays membres…Dans le cas contraire, nous ne sommes
qu’au début d’une tourmente qui peut mettre facilement en péril la paix du monde. L’affaire de la Georgie et les menaces américaines contre la Russie pouvait conduire à une escalade qui aurait sans
aucun doute fait oublier les drames de Wall Street et de la City…On peut, dans ce contexte, saluer encore une fois le calme et la détermination des Présidents russe et français qui ont pu
désamorcer à temps la « bombe »…
Le discours prononcé le 29 septembre à Toulon par Nicolas Sarkozy est sans doute la plus importante prise de position d’un chef d’Etat du G8 face d’une part aux dérives du capitalisme financier et
d’autre part aux véritables risques d’une mondialisation sans morale.
Nous pouvons donc être fiers, en tant que Français, que ce soit le Président de notre pays qui ait pris cette initiative.
Mais bien entendu, il reste désormais à "transformer l’essai" et la chose n’est pas des plus simples. On a depuis un moment l’impression que plus le Président de la République veut faire avancer
les choses, et plus une certaine administration (surtout au plus haut niveau) , et il faut bien le dire aussi, un nombre non négligeable de membres de l’actuelle majorité, ralentissent le
pas.
Il faut savoir faire « bloc » lorsque les objectifs proposent une véritable transformation en profondeur de la société. Mais on sait déjà que le vieux clivage des partis classiques ne conduit guère
à cette prise de conscience !
La population mondiale atteindra 9 milliards d’individus en 2050, contre 6,5 milliards
aujourd’hui ;
La pollution frappera toutes les grandes villes en développant des maladies spécifiques et
difficiles à éradiquer ;
La réchauffement climatique changera totalement les données géographiques et humaines connues à ce
jour : une élévation de la température d’un degré déplace la faune et la flore de 150 km vers le Nord ;
Les micro-guerres sont appelées à se développer et la puissance des nouveaux armements fait
craindre pour la stabilité même de la planète ;
Les déplacements des populations tendent à prendre des proportions dramatiques avec leur cortége
de misères ;
Les matières premières s’épuisent ;
Quel peut être le rôle de
la France dans ce nouveau monde ?