La crise financière contrairement à ce que beaucoup pourraient penser n’est pas une surprise pour la plupart des analystes et des économistes. Dès 1995, une réunion des principaux « chartered
surveyors » américains et un livre français (Le Guide des Grandes Entreprises aux éditions du Seuil) posaient la question des normes comptables américaines et des problèmes soulevés par les «
untangibles assets ». Car, il faut bien se rendre compte que la crise actuelle est en gestation depuis plus de 10 ans.
Les untangibles assets représentent dans le bilan d’une entreprise, tous ses actifs « immatériels ». Si on peut considérer comme normal d’y voir figurer les brevets et certaines marques, des
pratiques plus douteuses ont conduit peu à peu à une véritable fuite en avant avec notamment les fameux « écarts d’acquisition ». Les bilans de certaines entreprises (notamment parmi les plus
performantes au petit jeu des « fusions-acquisitions ») représentaient même 90% d’actifs immatériels ! Ce qui signifie en d’autres termes que ces entreprises étaient « surévaluées », car en cas de
réelles difficultés, leurs actifs étaient irréalisables.
Dans les moments difficiles (et il ne s’agit pas ici que de la crise des subprimes, mais par exemple un fort ralentissement de la croissance dû à un effort de guerre inconsidéré), les banques
devront engager des procédures pour retrouver une partie des fonds prêtés. C’est alors que la faiblesse des actifs immatériels réalisables fait qu’elles ne peuvent rentrer dans leur fonds et que
leurs créances se démontrent n’être que de la «monkey money ».
L’affaire ENRON avait été un signe, par l’importance de la société touchée. La guerre d’Irak n’a pas permis, à raison de 120 milliards de dollars par mois, de faire les économies qui seraient
pourtant aujourd’hui les bienvenues.
A ce phénomène, on peut ajouter le rôle dangereux que joue depuis son instauration l’Euro. Cela est déjà évident au niveau des contrôles bancaires (car aujourd’hui la régulation par le biais de
l’open market policy notamment n’est plus possible à mettre en œuvre). Mais c’est surtout l’Euro qui sera un des principaux facteurs de la hausse des prix en Europe et donc de la baisse du pouvoir
d’achat des européens. Ce phénomène n’est plus à démontrer. On sait que ce sujet ne passionne pas les « économistes officiels ». Mais le pouvoir d’achat est pourtant (revoir les propos d’Henry
Ford…que l’on ne peut soupçonner de « gauchisme ») la base du système capitaliste. Or, l’Europe est le second marché des biens de consommations après les USA. Beaucoup d’entreprises américaines ont
également misé sur ce marché qui dégagent des marges sans commune mesure par rapport aux marchés chinois, indiens ou russes. Las ! A force d’économies, le consommateur européen moyen a changé sa
façon de consommer. Le chiffre d’une hausse de 37% des faillites en France dans le secteur des restaurants et bars démontrent bien que face à des prix de plus en plus excessifs, le
consommateur a trouvé la parade : l’abstinence.
Pour en revenir à la crise financière, on peut avancer que pendant un certain temps, les groupes américains ont pensé que le marché européen apporterait le « coup de pouce » qui permettrait de
compenser les aléas des marchés américains pris dans les risques des aventures militaires US sur tous les fronts.
C’était une erreur.
La Finance ne repose que sur la confiance que l’on doit avoir en ceux qui « gèrent » l’argent, mais elle n’est en aucun cas une source de richesses en elle-même. La vraie richesse vient de la
production et des produits vendus. Or, plus on construit de l’insécurité (médiatisation à outrance du terrorisme, guerres tout azimut, menaces contre la Russie, un des pays les plus puissants du
monde au niveau nucléaire), plus on fait peur au consommateur, plus on affaiblit sa volonté de dépenser et plus on réduit la croissance mondiale.
Certes, on a voulu voir dans la croissance chinoise à deux chiffres, un moteur de la croissance économique mondiale, mais c’était là un mirage. C’est un moteur…pour la Chine.
Le propre d’un système financier sans moral se retrouve très bien expliqué par le personnage du voleur dans certaines théories psychologiques modernes. Il ira jusqu’au bout de « sa chance » et il
finira par se faire prendre. Les financiers, que décrivait dans un de ses derniers livres, G.K. Galbraith (prix Nobel d’économie) et que l’on retrouve aujourd’hui aux premiers de la catastrophe,
ont misé ainsi : « ça passe, donc je continue ! »
Mais il arrive toujours un moment où les plus belles combinaisons financières, lorsqu’elles ne reposent sur rien de concret, se terminent par une catastrophe. C’est le vieux principe de la vente à
la boule de neige…qui est d’ailleurs interdite en France.
Pour sortir de cette passe, il est évident qu’il faut un retour à la morale…mais Galbraith était sceptique sur ce sujet. En revanche, un véritable changement dans les structures du financement du
système productif est la condition sine qua non pour sortir d’une telle impasse.
La prochaine réunion du G8 devra dès lors aboutir à des directives concrètes qui devront être suivies dans les meilleurs délais par les pays membres…Dans le cas contraire, nous ne sommes
qu’au début d’une tourmente qui peut mettre facilement en péril la paix du monde. L’affaire de la Georgie et les menaces américaines contre la Russie pouvait conduire à une escalade qui aurait sans
aucun doute fait oublier les drames de Wall Street et de la City…On peut, dans ce contexte, saluer encore une fois le calme et la détermination des Présidents russe et français qui ont pu
désamorcer à temps la « bombe »…